exprimer l’essentiel,

Comment êtes-vous devenue designer?
Enfant, je passais mon temps à dessiner et rêvais de faire les Beaux-Arts. Après le Bac, je suis entrée à l’Académie Julian où j’ai découvert la typographie, la calligraphie, le croquis de nu,
le dessin analytique, le packaging, l’illustration, la photographie… J’ai eu des professeurs prestigieux : Peter Knapp, Frank Horvat ou encore Roman Cieslewicz, qui m’a appris à réduire l’illustration à son minimum graphique.

Vos premiers pas dans le métier ?
Sortie 3e de promotion en 1992, je voulait travailler dans la mode. Sur les conseils d’une de mes professeurs, j’ai prix rendez-vous chez Dominique Peclers, j’ai été prise tout de suite…
J’ai d’abord dessiné des motifs pour vêtements d’enfants avant de rejoindre le studio graphique où j’ai travaillé sur les cahiers de tendances et le salon Première vision. Puis j’ai eu envie de bouger et de goûter à la presse : Télérama, Studio Magazine, Marie-France… J’ai alors appris ce qu’était un bouclage et le travail d’une rédaction. Mais il manquait encore une facette à mon apprentissage, la fabrication.

C’est à ce moment que vous rencontrez Courrèges…
J’avais déjà travaillé avec Madame Courrèges en freelance. Mais j’ai réellement rejoint cette maison en 1995 pour être l’assistante du directeur artistique. C’était une maison très familiale : Madame Courrèges donnait le ton mais tout le monde était au même niveau, avec la possibilité faire des choses très différentes. Madame Courrèges était très intuitive dans sa façon de recruter et de gérer ses équipes. Elle était d’une exigence absolue, mais elle savait aussi nous faire grandir.

Vous avez passé plus de vingt ans chez Courrèges. Qu’en retenez-vous ?
J’y ai appris l’exigence, la rigueur et le bon sens : il faut savoir faire simple, être pragmatique pour aller à l’essentiel. J’ai fait tellement de choses… Ce qui m’a le plus marquée ? L’exposition rétrospective de 1997 au Carrousel du Louvre, mon travail sur la scénographie et la signalétique ; la gamme de papeterie et de linge de maison que j’ai développée pendant dix ans au Japon ; ma collaboration au magnifique livre entièrement pensé et rêvé par Madame Courrèges pour raconter l’histoire de la maison ; la création d’une bouteille pour Evian, que j’ai conçue en repensant aux fleurs que Monsieur Courrèges aimait dessiner ; le timbre Courrèges que j’ai imaginé pour la Saint-Valentin, et la rencontre des imprimeurs de l’Imprimerie Nationale du Timbre Poste…

Comment voyez-vous le monde de la mode ?
La mode, c’est une chaîne de métiers et de savoir-faire différents, avec une culture de l’excellence. Chez Courrèges, j’avais accès au studio et à l’atelier : je voyais comment se fabriquaient les collections. J’étais impressionnée par la patience, la précision exemplaire des premières d’atelier. La mode est un métier de création, mais aussi d’artisanat et de savoir-faire : cela n’a rien d’artificiel.

Comment vous définissez-vous en tant que designer ?
L’essentiel dans ce métier, c’est de bien réfléchir au problème posé et à sa solution visuelle. Je suis capable de “faire” des objets, et pas seulement de les dessiner : je maîtrise les contraintes de fabrication, de cohérence de collection, de commercialisation…

En termes de graphisme, j’ai le goût de l’épure, que l’on retrouve aussi bien dans le design scandinave qu’au Japon. J’aime le travail synthétique de John Maeda, le graphisme qui n’a peur de rien de Mario Lombardo, l’expressivité dans la retenue des photos de Raymond Depardon, l’exubérance chic et indémodable de Guy Bourdin…

Et maintenant ?
Je fais plein de choses différentes ! Dans le domaine artistique, je viens de réaliser le catalogue de la 19e session d’émergence, une résidence de réalisateurs de films unique en France, inventée par Elisabeth Depardieu, accompagné de Dominique Besnehard et porté avec talent par Nathalie Bessis Dernov. Je travaille également avec le photographe Roberto Frankenberg : j’ai conçu son Book et nous préparons son prochain livre de photos sur le Brésil.

Mais j’aime aussi beaucoup le monde de l’industrie et de la high tech : j’ai eu la chance de concevoir l’identitié visuelle de la première TechWeek, la semaine des innovations Green lancée par Denis Horeau, directeur de course du “Vendée Globe“ et je travaille actuellement pour Hub One, la filiale télécom du groupe ADP.

Le design et la fabrication, c’est fini ?
Certainement pas, j’aime trop fabriquer des objets! Je collectionne depuis toujours les papiers de tous types, rapportés notamment de mes voyages au Japon. J’ai créé la marque “3” ; une gamme de carnets (de voyage, de dessin, de photos, d’écriture, de cuisine) sélectionnée par le Klin d’œil, le salon des créateurs du Carreau du Temple, et bientôt commercialisée dans de belles boutiques. Et aujourd’hui, je découvre le travail de la céramique dans un atelier du 11ème arrondissement. Il n’est jamais trop tard pour commencer…

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